Les portes, dans l’ordre
Un initié ne passe pas une porte, il en passe plusieurs, et chacune demande autre chose. Voici ces portes dans l’ordre où l’un d’eux les a franchies, avec pour chacune le texte du premier degré et le test qui en est tiré.
Le fil de cette page vient d’un entretien : un ancien dirigeant d’ordre y raconte son parcours, des années 1970 aux années 2000. C’est un témoignage, que nous ne pouvons pas vérifier. Ce qui est vérifiable, ce sont les textes : pour chaque porte, nous disons ce que le témoin rapporte, puis ce que le texte d’entrée demande, et nous signalons quand les deux ne se recouvrent pas.
| La porte | Ce que dit le témoin | Ce que demande le texte | Le test |
|---|---|---|---|
| 1. Un ordre rosicrucien par correspondance | Première porte : on s’inscrit, on reçoit des leçons. | Le manuel de l’ordre dit qu’on est « invité à poser sa candidature », qu’une commission l’examine et que la loge vote. Nous n’en avons lu qu’une édition récente, sous droits : pas de test. | Le test des Rose-Croix de 1614 |
| 2. Une école gnostique rosicrucienne | Deuxième porte. | Aucun texte lu : pas de test. | — |
| 3. L’Ordre martiniste | Réservé, dans la branche qu’il a connue, aux membres d’un autre ordre parvenus à un certain degré. | Rituel de 1896 : être libre, deux signatures, une enquête, le bandeau, et venir « par désir de connaissance ». | Le premier degré martiniste |
| 4. La franc-maçonnerie régulière | Condition posée pour aller plus loin : être maçon dans une obédience régulière. | Constitutions de 1723 : bonne réputation, libre de naissance, d’âge mûr. | Une loge de 1723 |
| 5. La Golden Dawn | Reçue à Londres en 1980 ; il fallait être maçon régulier. | Rituel du néophyte : le bandeau, l’obligation de secret et d’étude, la peine. | Le néophyte de la Golden Dawn |
| 6. Le rite de Memphis-Misraïm | Une loge qui ne recevait que des chefs d’ordres. | Statuts de 1849 : condition libre, instruction, bonnes mœurs, un garant, un testament, un serment. | Le premier degré de Memphis |
| 7. La Fraternité de Myriam | L’école italienne de Kremmerz, tournée vers la guérison. | La règle de Kremmerz : ce qu’elle demande au débutant. | L’ordre égyptien |
| 8. Une fraternité d’alchimistes | Sept ans d’alchimie au laboratoire avant d’aller plus loin. | Aucun texte lu : pas de test. | — |
| 9. L’ordre égyptien italien | On n’y postule pas : on est observé, puis choisi ; l’ancienneté de la famille compte ; un « sceau » reçu en rêve décide de la suite. | Aucun texte de cet ordre n’est public. Le texte le plus proche est le rite égyptien de Cagliostro, qui est un autre ordre. | Le rite égyptien de Cagliostro |
Ce que la suite des portes montre
Les textes demandent peu, les ordres demandent plus. Le rituel martiniste de 1896 admet « des gens de toute condition et de toute religion » ; les statuts de Memphis ne veulent que « la probité et le savoir ». Les conditions dont parle le témoin — être déjà maçon, déjà gradé ailleurs, déjà chef — n’y figurent pas : elles ont été ajoutées par des branches plus tardives, et nous ne les avons lues dans aucun texte.
La même porte revient. D’un ordre à l’autre, le premier degré reprend les mêmes gestes : un garant, une enquête, un vote à boules noires et blanches, un bandeau, une porte où l’on frappe, un serment. Seul change ce qu’on promet d’étudier.
La dernière porte n’a pas de poignée. Au bout du parcours, le témoin décrit des sociétés où l’on ne demande plus rien : on est choisi. C’est aussi ce que disent les deux textes anciens sur la consécration d’une prêtresse, où aucune femme ne pose sa candidature : voir le test de la consécration.