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Auriez-vous été reçu dans la Rose-Croix d’Or de 1710 ?

En 1710, un certain Sincerus Renatus publie à Breslau les lois de la Fraternité de la Rose-Croix d’Or : soixante-trois frères, pas un de plus, et une façon d’y entrer qui ne ressemble à aucune autre. Sept questions, chacune à côté de ce que le texte dit.

C’est la Rose-Croix d’Or allemande, celle des alchimistes du XVIIIᵉ siècle — à ne pas confondre avec l’école néerlandaise du même nom, fondée au XXᵉ siècle, qui a son propre test. Nous suivons les lois de 1710 telles que les résume et les cite l’historien A. E. Waite. Rien n’est envoyé nulle part.

1. Avez-vous déjà travaillé au laboratoire — pratiqué l’art, et pas seulement lu ?
Avant toute profession, il faut « un désir ardent d’atteindre l’Art, une part prise à sa pratique et la pleine expérience de toutes ses opérations » (p. 407).
2. Êtes-vous sans conjoint ?
« Aucun homme marié ne pourra être initié » (p. 407). Une autre loi tolère ensuite le mariage du frère qui le désire beaucoup : Waite note que les deux se contredisent.
3. Avez-vous peu d’attaches — peu d’amis, peu de famille autour de vous ?
Le choix doit tomber sur ceux qui sont « peu encombrés d’amis » ; et il vaut mieux choisir des étrangers, « de peur que l’Art ne devienne héréditaire » (p. 407).
4. Serviriez-vous deux ans comme apprenti, en obéissant à votre maître ?
L’héritier choisi sert « comme apprenti pendant deux ans » ; il doit obéir à son maître « jusqu’à la mort » (p. 407).
5. Jureriez-vous le silence, au péril de votre vie ?
À genoux devant l’Imperator : « je ne révélerai jamais le Mystère qui m’a été communiqué à aucun être humain » ; tout cela, « je promets de le garder éternellement dans un saint silence, au péril de ma vie » (p. 408).
6. Laisseriez-vous sept mèches de vos cheveux, et votre nom ?
Le maître coupe « sept mèches de cheveux » sur la tête de son élève ; scellées dans des papiers à son nom, elles sont remises à l’Imperator. Chaque frère doit ensuite changer de nom (p. 405, 408).
7. Accepteriez-vous de passer toujours pour ignorant ?
Le nouveau frère s’engage à « toujours paraître ignorant », et à soutenir que l’existence de tels arts secrets n’est affirmée que par des imposteurs (p. 409).

Lois de 1710 d’après A. E. Waite, The Brotherhood of the Rosy Cross, 1924, p. 403-409 ; notre traduction.

D’où vient ce texte, et ses limites

Les lois paraissent à Breslau en 1710 dans Die wahrhaffte und vollkommene Bereitung des philosophischen Steins der Brüderschafft aus dem Orden des Gülden- und Rosen-Creutzes, sous le nom de Sincerus Renatus (Sigmund Richter). Nous les avons lues dans le résumé d’Arthur Edward Waite, The Brotherhood of the Rosy Cross, Londres, 1924, p. 403-409, sur archive.org : c’est lui qui les regroupe et les cite, et non l’original allemand.

D’après ce texte, l’ordre se dit possesseur de la pierre et de l’élixir ; il compte soixante-trois frères au plus ; il reçoit les catholiques, interdit qu’on interroge un frère sur sa foi, et refuse les membres d’ordres religieux. Waite doute que cet ordre ait existé tel que les lois le décrivent.

Ce que nous n’avons pas lu. En 1777, une Rose-Croix d’Or réformée, à neuf grades, recrute parmi les francs-maçons d’Allemagne : c’est elle que les historiens connaissent le mieux. Ses règlements ne sont pas ceux de 1710 et nous ne les avons pas lus.

Ce test met en regard vos réponses et des lois imprimées en 1710, lues dans le résumé d’un historien. Il ne reçoit personne et n’appartient à aucun ordre. Aucune pierre philosophale n’est remise à la fin.