test-du-mage

Auriez-vous été consacrée prêtresse ?

On ne devenait pas grande prêtresse en le demandant : un signe vous désignait, puis on vérifiait trois fois. Deux textes mésopotamiens racontent la suite. Sept questions, chacune à côté de ce que le texte dit.

Le premier texte est un cylindre d’argile trouvé à Ur : le roi Nabonide y raconte comment il a consacré sa fille grande prêtresse du dieu-lune, vers 554 avant notre ère. Le second vient d’Emar, en Syrie, au XIIIᵉ siècle avant notre ère : il règle jour par jour l’installation de la prêtresse du dieu de l’orage. Répondez pour vous-même ; rien n’est envoyé nulle part.

1. Accepteriez-vous de ne pas choisir, et d’être désignée par un signe ?
Nabonide : « Quand le dieu Nannar désira une grande prêtresse », il fit connaître son signe — une éclipse de lune, le treizième jour du mois d’Ouloul. À Emar : « La fille de n’importe quel fils d’Emar peut être désignée » (l. 3). Par tirage au sort, lit Fleming avec un point d’interrogation ; par le devin, pense Sallaberger.
2. Supporteriez-vous qu’on vérifie trois fois si vous convenez ?
Le roi interroge les devins, puis recommence. Il demande pour une fille de sa parenté : les dieux répondent « non ». Il demande une troisième fois, pour sa propre fille : le présage est favorable.
3. Accepteriez-vous de recevoir un autre nom ?
Nabonide : « j’ai élevé ma fille à la fonction de grande prêtresse et je l’ai nommée En-nigaldi-Nanna ». C’est son nom de fonction ; son nom de naissance n’est pas dit.
4. Quitteriez-vous la maison de votre père pour habiter celle du dieu ?
À Ur, le roi rebâtit pour elle une maison contre le sanctuaire et l’y fait entrer. À Emar, elle revient chaque soir chez son père jusqu’au dernier jour ; alors, quand elle quitte la maison, « on lui couvrira la tête comme à une mariée » (l. 61), et elle dort au temple.
5. Accepteriez-vous d’être rasée, ointe et vêtue devant toute la ville ?
À Emar : huile fine sur la tête, puis on la rase « à l’ouverture de la porte de la cour » (l. 9). Deux jours plus tard, « on assiéra la prêtresse sur son trône » (l. 40) : deux boucles d’or, l’anneau d’or du dieu à la main droite, une coiffe de laine rouge.
6. Tiendriez-vous un office toute votre vie, sans faute ?
Le cylindre se termine par ce vœu pour elle : que ses actes plaisent au dieu, et qu’elle évite toute faute de culte. Le texte d’Emar va jusqu’à sa mort : « Quand la prêtresse va à son destin » (l. 91), on sacrifie un bœuf et un mouton dans la maison.
7. Accepteriez-vous de vivre de ce que la ville vous donne ?
À Emar : « Une bonne année, on lui donnera […] trente parīsu d’orge. Une mauvaise année, elle en recevra quinze » (l. 85), avec de la laine, de l’huile et du vin. À Ur, le roi dote sa maison de champs, de vergers et de troupeaux.

Cylindre de Nabonide : notre traduction française de l’édition anglaise de F. Weiershäuser et J. Novotny (RIBo, CC BY-SA 3.0). Rituel d’Emar : notre traduction française de l’anglais de D. Fleming (1992, p. 49-59), avec la ligne.

D’où viennent ces textes, et ce qu’ils ne disent pas

Le cylindre de Nabonide (Yale, YBC 2182) a été trouvé à Ur. Le roi y dit que la fonction était oubliée « depuis des jours lointains », qu’il a retrouvé une stèle ancienne montrant une grande prêtresse avec ses insignes, et qu’il a tout refait d’après elle. Sa fille est purifiée, vouée au dieu Sîn et à la déesse Ningal, puis conduite dans le sanctuaire. L’édition et la traduction anglaise sont en accès libre sur oracc.org/ribo/Q005431.

Le rituel d’Emar (tablette Emar 369, XIIIᵉ siècle av. J.-C.) a été publié par Daniel Arnaud en 1986. Nous l’avons lu en entier dans la traduction de Daniel E. Fleming, The Installation of Baal’s High Priestess at Emar, Harvard Semitic Studies 42, Atlanta, 1992, p. 49-59 ; les citations sont traduites par nous de son anglais, avec le numéro de ligne. Le déroulement :

Ce que les savants discutent. Fleming traduit la ligne 2 par un tirage au sort, mais avec un point d’interrogation : « lots(?) » (p. 49). Walther Sallaberger, dans son compte rendu (Zeitschrift für Assyriologie 86, 1996, p. 144), y lit après Manfried Dietrich le vase d’huile de l’onction, et pense que la prêtresse avait été désignée avant, par le devin. Il rapproche l’onction de la tête et le voile des rites de mariage de la Syrie ancienne. Le texte ne dit nulle part ce qui se passe après le coucher : c’est l’installation dans la maison du dieu qui est décrite avec les gestes d’un mariage.

Ce que nous n’avons pas trouvé. On rattache souvent ces consécrations à Ishtar. Les deux textes que nous avons lus concernent le dieu-lune à Ur et le dieu de l’orage à Emar. Nous n’avons lu aucun rituel de consécration d’une prêtresse d’Ishtar, et nous n’en avons donc rien tiré.

Ce test met en regard vos réponses et deux textes anciens. Il ne consacre personne, n’appartient à aucun culte ni à aucun ordre, et ne dit rien d’un don.