À quoi servent les génies, et comment on les invoque
Lenain ne décrit pas les 72 génies pour le plaisir de les classer. Il donne un but, une règle, un moment et deux talismans. Voici ce que dit son texte de 1823, avec la page.
Le but
Lenain l’écrit lui-même au début de son dernier chapitre : « Mon intention, dans cet ouvrage, est d’instruire mes FF∴, de leur ouvrir la voie qui conduit à la lumière et à la vérité » (p. 141). Les trois points sont ceux des francs-maçons : le livre s’adresse à des frères de loge.
Les génies y sont les porteurs des noms divins : ils sont « revêtus des 72 attributs de Dieu » (p. 146) et « gouvernent les 72 quinaires du ciel » (p. 136), c’est-à-dire les soixante-douze tranches de cinq degrés du zodiaque. De là deux usages, que tout le livre développe :
- Connaître les siens. Trois génies sont attachés à chaque naissance — par les cinq jours, par le jour, par l’heure — et chacun donne un portrait. C’est le test des 72 génies.
- S’adresser à celui qui convient. Chaque génie « domine » un domaine et s’invoque pour une chose précise : contre l’adversité, pour bien reposer la nuit, pour acquérir « tous les trésors du ciel et de la terre ». La fiche de chaque génie le dit.
La règle : le nom, le verset, vingt minutes
Pour s’adresser à un génie, Lenain demande de prononcer son nom, ses attributs et le verset de psaume qui lui correspond, pendant les vingt minutes de la journée où il règne. L’heure de chacun est sur sa fiche ; pour l’heure d’un rêve, voir le génie de votre rêve.
Le silence
C’est la consigne la plus nette du texte : celui qui veut tirer parti des influences célestes « ne doit jamais prononcer ni écrire ce qu’il aura conçu et décidé dans son esprit ». La raison : « il n’y a que Dieu et le génie de l’âme qui connaît votre pensée. Le mauvais génie ne peut la connaître que lorsque nous la prononçons » — et s’il la pénètre, « il provoquera tous les incidents possibles pour vous faire échouer » (p. 141).
Quant au grand nom divin, il ne faut « jamais le prononcer inutilement » (p. 144).
Le moment favorable
« Les sages doivent observer les influences des astres ; et lorsqu’il se rencontrera une circonstance favorable, il faut se préparer d’avance pour en profiter » (p. 141). Pour le Soleil, Lenain en nomme deux (p. 138) :
- la Lune « se renouvelle par un dimanche, le Soleil faisant son entrée au 1ᵉʳ degré du Bélier » ; s’il y a éclipse de Soleil, l’instant est favorable tant qu’elle dure ;
- la Lune se renouvelle un dimanche quand le Soleil entre dans le Lion ; la personne qui naît à ces heures-là « sera un être privilégié de la nature ».
Nous avons calculé ces rencontres de 1950 à 2100, en prenant une nouvelle lune tombant un dimanche à trois jours au plus de l’entrée du Soleil dans le signe (temps universel). Pour le Bélier : 23 mars 2031, et c’est la seule. Pour le Lion : 22 juillet 1990, 23 juillet 2017, 24 juillet 2044. Ce calcul est le nôtre ; Lenain ne donne aucune date.
Le talisman du Soleil
Les anciens astrologues, dit Lenain, le composaient vers le 20 mars. Il contient six colonnes de six carrés : trente-six cases, pour les trente-six « faces du ciel ». Chaque case porte un nombre ; additionnés « horizontalement, verticalement ou diagonalement », ils donnent toujours 111, et les six colonnes font 666 — « c’est ici la sagesse », écrit-il en citant l’Apocalypse (p. 135-136).
| 6 | 32 | 3 | 34 | 35 | 1 |
| 7 | 11 | 27 | 28 | 8 | 30 |
| 19 | 14 | 16 | 15 | 23 | 24 |
| 18 | 20 | 22 | 21 | 17 | 13 |
| 25 | 29 | 10 | 9 | 26 | 12 |
| 36 | 5 | 33 | 4 | 2 | 31 |
Ce que Lenain en promet : la personne qui le porte « sera très heureuse dans toutes ses entreprises », estimée de chacun, et « aucune puissance humaine ne pourra lui nuire » (p. 136). Il cite ensuite la recette d’un astrologue arabe, d’après Kircher : six drachmes d’or pur fondues en une plaque ronde, gravée au jour et à l’heure où le Soleil est en son exaltation, chauffée « à la vapeur du safran », lavée d’eau de rose où l’on a mis du musc et du camphre, puis enveloppée de soie couleur de safran (p. 136-137).
La règle générale est à la page 134 : pour travailler sous une planète, « il faut se servir des choses qui sont en rapport avec elle, sans quoi vous n’obtiendrez aucun résultat » — l’or pour le Soleil, ou une peau d’agneau, les parfums et le bois de laurier. La recette du parchemin suppose de tuer l’animal soi-même ; nous la signalons sans la reprendre.
Le talisman des invocations
Le livre finit sur lui. C’est la seconde face du talisman de Jéhova : les quatre lettres hébraïques du signe que Judas Maccabée, selon la légende, reçut d’un ange. Elles viennent d’un verset que Lenain traduit « qui est fort comme vous parmi les forts » ; réduites en nombre, elles donnent 72, « le nombre des 72 génies ». On les place avec le nom divin dans une croix, la croix dans un cercle, et autour du cercle le verset et les mots in hoc signo vinces. Composé sous l’influence du Soleil, ce talisman « sert pour opérer dans les invocations » (p. 145-146).
Lenain donne aussi les douze permutations du nom divin, qui correspondent « aux 12 signes du zodiaque, aux 12 heures du jour et de la nuit » (p. 144).
Ce que nous en faisons, et ce que nous n’en faisons pas
Nous rapportons un texte de 1823. Nous ne promettons aucun effet, nous ne vendons aucun talisman, et rien ici ne remplace un avis médical, psychologique ou financier. Lenain écrit en homme de son temps : sa science est celle d’Agrippa et de Kircher, qu’il cite souvent.
Ce que nous n’avons pas lu : les pages 139, 140 et 142 du manuscrit, qui détaillent les influences des autres planètes et le début du chapitre sur le nom divin.
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